Impressions de Chine en mode brouillon
14 Mars 2013
Je suis arrivé au campus de Huazhong par un matin brumeux. On voyait se profiler derrière l'entrée principale une masse de bâtiments gris aux contours indistincts. Le printemps se faisait attendre et les arbres, nombreux, étaient presque tous nus. Dans ce décor digne d'un film noir, un microbus peint en jaune, stationné lui aussi devant l'entrée, apportait une touche d'inattendu. C'était celui qu'il fallait prendre. Mon guide, un voyageur secourable rencontré dans le train de la veille, me le signala à temps, juste avant le départ, alors que je restais figé, l'oeil hagard, devant le plan, écrit en chinois, dont les caractères exerçaient sur moi un effet profondément hypnotique.
Une chose était claire : le campus était immense. Rejoindre à pied le bureau des étudiants étrangers aurait pris au moins une demi-heure, m'assura-t-on. C'était, je suppose, en connaissant le chemin. Installé à l'arrière du véhicule, je voyais défiler l'intérieur du campus. Terrain de sport, immeubles, boutiques, banques, étudiants à bicyclette, étudiants à pied... le petit bus électrique continuait sans bruit sa route, sûr de lui. Et je réalisais que j'avais devant moi une véritable ville, se suffisant à elle même, où je pourrais vivre sans en sortir si je voulais.
Petit monde, c'est ce qui me vient à l'esprit pour parler de ce campus. Non seulement par sa taille (près de 60 000 étudiants), mais aussi par le nombre de nationalités représentées (près de 120). Certes, les étudiants étrangers ne pèsent pas d'un grand poids (quelques 3%), mais comme nous sommes regroupés dans les mêmes dortoirs, on a au quotidien l'impression d'être entourés de gens très divers. On peut prendre de la bière Tsingtao avec des Allemands, du café avec des Turcs, ou l'inverse... retrouver autour d'une même table des gens des Bahamas, de Zambie, de Corée, d'Irak, d'Equateur... Certains plaisantent en disant que l'on repart de Huazhong en ayant plus amélioré son anglais que son chinois. C'est possible, mais beaucoup d'étudiants sont là pour toute la durée de leurs études et parlent un mandarin plus que correct. L'ambiance est à la fois studieuse et conviviale, comme si les appels des pères du communisme à la fraternité universelle avaient ici donné quelques résultats. Cette complicité instinctive a aussi des effets cocasses : on est tenté de saluer sans réfléchir quiconque ne ressemble pas à un étudiant chinois lambda, qu'on connaisse la personne ou non. Je l'ai déjà fait plusieurs fois, mais personne ne s'en est offusqué.
A voir : un reportage sur les étudiants étrangers en Chine.
Le campus de Huazhong, en plein dans le quartier universitaire...
Les études en Chine..
A l'échelle du pays, on compte près de 25 millions d'étudiants. La sélection est plus forte qu'en France, puisque moins de la moitié des candidats réussissent l'examen d'entrée à l'Université, le Gaokao (pour de belles photos, c'est ici). Avec un bon score, les étudiants demandent les universités les plus réputées, telles que Tsinghua à Pékin ou Tongji à Shanghai. Surprise!, Wuhan serait derrière ces deux villes le troisième pôle universitaire de Chine. On y trouve notamment la vénérable Wuda (le diminutif de l'Université de Wuhan), fondée à la fin du 19° siècle. Et la mienne, direz-vous ? Et bien Hust se défend dans plusieurs disciplines (optoélectronique, mécanique, ...) que je peine à apprécier à leur juste valeur. En tout cas, ses étudiants sont plutôt fiers d'en faire partie. Et ils peuvent l'afficher haut et fort, à l'américaine. On dispose en effet ici d'une sympathique boutique souvenir, qui propose sweats-shirts, stylos et cartes-postales barrées du logo de l'Université et parfois de sa devise, à méditer :
Vertu - Connaissance - Vérité - Originalité